Puis, elle avait murmuré "Désormais, ce sera comme ça. Toi et moi, mon fils".
Pas de gaîté de coeur, forcément. Mais pas le choix non plus.
Une aventure qui donnait un peu le vertige. Mais, plus les semaines passaient, plus ce choix devenait évident.
Elle appréhendait les mois et les années, mais d'une certaine façon se disait que c'était sa chance. Enfin la leur. A tous les deux. Elle, et son bébé. Son bébé de 5 ans.
Il lui serrait la main très fort, car il savait qu'il devait être prudent quand les voitures n'étaient pas loin.
Et sans doute aussi, comprenait-il l'enjeu. Les enfants sont des éponges. Il ne faisait pas exception.
Son sommeil agité, ces dernières nuits, en était le symbole flagrant.
Son manque d'appétit aussi. Tout sa mère ce petit. Il avait du mal à masquer son anxiété, à 5 ans.
Elle allait devoir jouer tous les rôles, porter toutes les casquettes, sans doute peu dormir, en veille permanente. Mais, il était là, et elle l'assumait.
Depuis toujours.
Depuis que le test de grossesse avait indiqué "positif".
A l'époque elle ignorait si ce serait "il" ou "elle", mais elle était prête à tout.
Et ça ne changeait pas avec les années. C'était même de pire en pire.
Dans cette rue pavée, elle se souvenait du premier "maman" de son bonhomme.
Son "bonheur" comme elle n'avait de cesse de l'appeler.
Un matin, au réveil. Elle s'était rendue dans sa chambre en silence, pour vérifier s'il dormait encore.
Et là, elle l'avait aperçu, jouant en silence avec sa peluche favorite. Et dés qu'il l'avait vue, en plus du sourire illuminant son visage de poupon, il l'avait accueillie avec un "maman" net, distinct, joyeux.
Son coeur avait fondu.
Un peu comme lorsque le médecin l'avait posé sur elle, après sa venue au monde.
Et, suite à ce matin, elle ne comptait plus le nombre de "maman" chantant qu'elle entendait.
Pouvait-on aimer plus que ça? Elle avait la certitude que non.
Jamais elle n'avait aimé plus que ça. C'était un petit bout d'elle. C'était une vie, nouvelle, qui dépendait d'elle. Entièrement.
Donc, même si ce choix la tuait, pour lui, son "bonheur" et pour elle, c'était inévitable.
Cela n'empêchait pas la peur de lui matraquer le ventre, de lui nouer l'estomac. Elle avait beau être sûre, elle avait peur. Pour lui surtout. Peur qu'il lui en veuille, qu'il lui reproche.
Elle lui demandait pardon, en posant son regard sur la casquette qui couvrait sa tête. Plus prudent avec ce soleil.
Elle murmurait "pardon, pardon", du bout des lèvres. En priant intérieurement, pour que ce pardon soit inutile.
Le sac lourd qu'elle portait lui sciait l'épaule. Mais c'était l'ultime nécessaire. Elle avait laissé tout le reste.
Elle avait préféré avoir peu que devoir quelque chose.
Tenant fermement la main de son fils, elle se promettait de lui construire un avenir joyeux. Et lumineux comme cette journée.
Vassilia
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