mardi 16 juillet 2013

Pas un jour ne passe...

Je n'en parle plus. Pourtant pas un jour ne passe, sans que j'y pense.
Bientôt trois ans.
Un peu ridicule à mon âge. Beaucoup n'ont pas eu ma chance.
Mes soeurs déjà.
Mes petits cousins.
Ma fille aussi.
Moi, je l'ai connue. Le plus longtemps. De tous. Des tous ses petits enfants.
J'ai partagé tellement avec elle, que je devrais me réjouir.
Sauf que, le monde sans elle, c'est forcément moins bien.
Les couleurs sont vives, mais un peu moins.
Les aliments sont bons. Mais c'est rien en comparaison de ce qu'elle faisait.
Les gens sourient. Je souris. Mais c'est toujours moins lumineux que quand elle était là.
Le regard espiègle. Plein de malice, d'intelligence.
Et, quand Juillet commence, je me rappelle forcément qu'il y a trois ans maintenant, la dégringolade a commencé. Pour se finir comme je souhaiterais l'oublier.
Mais on n'oublie pas. On vit, on survit.
On n'oublie pas.
En trois ans, la vie a continué, j'ai uni la mienne à un homme, j'ai même donné la vie à une petite princesse. Qui par certaines de ses expressions me rappelle sans le faire exprès, forcément, celle qui continue de me manquer. De me suivre sur tous les fonds d'écran de mes portables.
Trois ans bientôt.
On a tous grandi. Pourtant, c'est comme si le temps s'était arrêté.
Elle est partie, et avec elle mon enfance, un peu de ma légèreté aussi. A nous tous, on n'a pas eu assez de force pour la retenir.
On a vu les siennes l'abandonner, doucement, mais trop vite.
Et depuis, c'en est presque risible mais, chaque fois, je revis ces événements avec la même intensité.
Ma gorge se serre. De la même façon.
Comme si elle venait de partir.
C'en est risible. Après tout, c'est l'ordre naturel des choses.
Mais je n'accepte pas. Je continue à trouver cela injuste. Personne ne m'a demandé mon avis.
Dans douze jours, ça fera trois ans. Pile.
Mais elle savait déjà. Elle me l'avait dit avec les yeux. Elle s'était excusée, avec son air enfantin, parce qu'elle savait déjà qu'elle ne serait plus là. Bientôt. Et surtout, qu'elle ne serait pas là pour mon mariage.
Je l'ai compris, début juillet. Il y a trois ans. En essayant de la faire manger. C'était écrit dans ses yeux.
C'est limite si je lui en ai voulu. De me laisser. De nous laisser.
On m'a dit que c'était mieux, qu'elle souffrait trop.
Alors j'ai fait semblant de me faire une raison. Mais elle continue à me manquer.
Je la cherche dans chaque vieille dame qui fait ses courses. Dans certains gâteaux au miel. Dans des photos.
Mais je n'aime plus le mois juillet.
Pour tout le monde, c'est le debut des vacances, du soleil.
Pour moi, ce sont les souvenirs de journées à craindre qu'elle nous quitte, à appréhender le moindre appel.
Et pas un jour ne passe sans que j'y pense.
Un jour, je parlerai d'elle longuement. De son don pour sentir les gens, pour sentir les choses. De sa douceur qui n'a fait que grandir quand Alzheimer absorbait ses souvenirs, de ses carnets de recettes, tachés, recouverts de son écriture harmonieuse, de ses expressions uniques, de sa façon de s'inquiéter tout le temps pour les gens qu'elle aimait (travers que j'ai récupéré), de sa coquetterie, de ses robes, de son eau de Cologne, de sa façon de vous recevoir, des secrets qu'elle a gardés, sans rien dire, des mercredis tous ensemble, avec elle, des samedis midi, des vernis avec lesquels elle peignait ses ongles soigneusement, de son brushing qu'elle a consenti à me confier...
Et j'oublie tellement de choses.
Elle est sans doute encore un peu là, mais le son de sa voix s'est envolé avec elle.
Donc, forcément, elle me manque.
Vassilia

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