lundi 16 juillet 2012

Sombre mémoire...


Parfois le calendrier nous fait de drôles de « blagues ». Aujourd’hui (et demain) nous commémorons les 70 ans de la rafle du Vel’ d’Hiv. Enfin, pas tous. Car une étude menée par l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) et publiée ce matin, nous apprend que 60% des jeunes de 18-24 ans ignorent cet événement tragique.

Et dans le même temps on apprend que Laszlo Csatary, un des criminels de guerre les plus recherchés ces quinze dernières années, responsable de mort de 15.700 juifs, déportés à Auschwitz pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été repéré vivant à Budapest.

Coïncidence étrange donc, quand d’un côté on tente un devoir de mémoire, sur le passé sombre de la collaboration française avec le régime nazi, et de l’autre un des acteurs de ce régime est repéré après quinze ans de recherches. Mais pourquoi donc ce sombre souvenir n’évoque rien à une partie de notre jeunesse (je ne suis plus incluse dans ce panel… depuis quelques années déjà). Les programmes d’histoire aurait-il changé ? Car de mes lointains souvenirs de terminale, la seconde guerre mondiale me semblait être étudiée. Et par conséquent, la rafle aussi.

Et puis, comment ignorer cet événement quand on sait qu’en mars 2010 le film « la rafle. » de la réalisatrice Roselyne Bosch, le raconte justement. On pourrait penser que le film n’a eu aucun succès. Mais là non plus ça ne marche pas. Avec ses 2 851 122 entrées, le film se place en 7ème position des films de l’année 2010. Le DVD sorti le 7 septembre de la même année est resté numéro 1 des ventes pendant trois semaines consécutives.

Alors les 2 851 122 tickets vendus pour le film ont été interdits aux 18-24 ans (interrogés), et ces derniers ont séché les cours d’histoires impliquant les résultats étonnant du sondage cité en préambule ? Ou l’explication tient-elle sur autre chose ?

Le 5 juillet dernier, le nouvel Obs publiait un dossier spécial "Antisémitisme : ce qu'on ne veut pas dire". Et de lire le témoignage de Iannis Roder, prof d’histoire géo. Ce dernier confit au journal être tombé des nues le jour où un élève lui a dit « de toutes façons, moi j’aime pas les  juifs ». C’était en 1998. L’enseignant explique que selon lui l’idée des juifs encore victimes devient lassante. (En témoignent de nombreux reportages suite à l’affaire Merah). Le souci viendrait peut-être de là. De cette lassitude. Mais, ces mêmes « jeunes » ne sont-ils pas nourris d’images, de conflits qu’ils ne comprennent pas ? Qu’ils ne maitrisent pas. Ayant aujourd’hui les conséquences que l’on connaît.

Ainsi donc, cette méconnaissance de l ‘histoire aurait des conséquences sur notre actualité (notre présent en quelque sorte). Tiens donc. Pourtant, quand on lit les commentaires publiés suite à l’article du parisien, on est surpris de constater à quel point certains trouvent « normal » d’ignorer un fait qui est arrivé il y a 70 ans. En suivant cette logique on est surpris de voir ces mêmes jeunes fêter le 14 juillet. Sont-ils plus informés sur la question ?

Toujours est-il qu’ignorer son histoire c’est un peu se construire un avenir incertain. Oui, ça fait vieux con de dire ça, mais oh comme j’assume. Je suis la première à me sentir bête d’ignorer autant mon histoire (celle de mon pays). Alors quand je lis ce genre de commentaires, je m’inquiète. Non, il n’y a pas que les juifs qui ont souffert, on le sait, mais quand, comme aujourd’hui on tombe sur des dates « anniversaires » de ce genre de faits : pourquoi faudrait-il les ignorer sous prétexte qu’ils n’ont pas été les seuls a souffrir dans l’histoire. Oui, l’homme a cette drôle de capacité à faire souffrir pour une religion, une préférence sexuelle, une appartenance politique, une couleur de peau. Oui, l’homme sait être un con avec son prochain. J'ai bien l'impression qu'il suffit d'allumer sa télé pour en prendre la mesure.

Néanmoins, est-ce une raison pour « ignorer » ce qui a été fait à certains ? Et se "rassurer" en se disant que l’ignorer n’est pas un drame?
L’ignorer n’est pas un drame, c’est vrai. Le drame c’était justement il y a 70 ans.

Vassilia

 Petit rappel : la rafle du Vel' d’Hiv, c’est l’un des épisodes les plus sombres de la collaboration avec le régime nazi : 13152 hommes, femmes et enfants interpellés par la police française les 16 et 17 juillet 1942, parqués au Vélodrome d’hiver puis déportés à Auschwitz. Soixante-dix ans après ce que Jacques Chirac a qualifié en 1995 « d’heures noires qui souillent à jamais notre histoire » (source http://www.leparisien.fr/societe/memoire-les-jeunes-ne-connaissent-pas-la-rafle-du-vel-d-hiv-16-07-2012-2091767.php)

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