J'aurais aimé ne jamais avoir entendu parler de vous.
Ne voyez pas cette confidence comme une offense. Bien au au contraire.
J'aurais aimé que vous n'ayez jamais connu cet enfer, qu'Ilan soit toujours auprès de vous, de son père, des ses soeurs, de ses amis...
Et du coup, j'aurais aimé ne jamais être allée voir ce film, tiré du livre qui relate votre calvaire et celui d'Ilan.
Pour tout vous dire, je suis allée manifester à Paris, après qu'on ait appris la nouvelle du décès d'Ilan, dans les conditions que l'on connaît. Je me souviens avoir scandé des slogans contre la désinformation, à un moment où le caractère antisémite du supplice d'Ilan n'avait pas été reconnu, officiellement.
Et en sortant de la projection, je suis habitée par le même sentiment qu'à l'époque. Pourquoi cet acharnement à ne pas voir l'évidence? Oui, Ilan a été choisi parce qu'il était juif. Uniquement. Son rapt, son supplice revêtent d'emblée un caractère antisémite.
Je ne vous cache pas qu'avant de voir le film, j'ai lu, écouté, ce qui se disait ici ou la.
Et j'ai lu beaucoup de bêtises, écrites par des gens dont le métier est vraisemblablement de faire des critiques de films, mais qui vus le sujet et le réalisateur, nous ont servi un beau paquet de lieux communs, et d'idées préconçues. Je prend pour exemple une certaine Sandy Jallet qui, pour "écran large", a écrit qu'Arcady avait fait un "film sémite et communautaire". Je vous passe le passage où elle vomit le cinéma visiblement indigeste d'Alexandre Arcady, (sans doute trop de pop corn), mais comme je suis honnête, je vous mets le lien là, vous jugerez par vous-même.
Pas que je sois une fervente admiratrice du cinéma d'Arcady, je pense même ne jamais avoir vraiment vu un de ses films (oui oui, même Pour Sacha). Mais pour répondre à la nauséeuse Madame Jallet, oui, il s'agit d'un film communautaire.Pour la simple et bonne raison qu'en touchant à Ilan, au prétexte que juif, ce gang auto-proclamé des "Barbares" (connaissent-ils seulement l'étymologie du mot, j'émet un doute), a touché à toute la communauté juive.
Oui, parce qu'il y a un truc dans cette communauté que je connais bien pour en faire partie, et qui visiblement semble incompréhensible pour un tas de gens : "chez nous", on partage tout, les joies comme les peines.
Donc oui, oui oui, Ilan a été choisi pour son appartenance à la communauté juive au prétexte que les juifs ont de l'argent (comment vous ne saviez pas?), et que donc, ils paieront.
C'est "drôle" mais lorsque Steve McQueen a réalisé le très récompensé "12 years of slave", je n'ai pas souvenir qu'on ait parlé de films "communautaire".
Alors que c'est pourtant clairement le cas.
Cependant comment je n'ai pas lu toutes les critiques sur le sujet, peut-être que je me trompe... Mon intuition me dit m'inverse...
Ensuite, j'ai un bon ami, Juju pour ne pas le citer, qui me demandait aujourd'hui pourquoi je m'infligeais ça? A savoir aller voir ce film. Car, selon lui, on sait qu'il subsiste des nostalgiques du troisième Reich en France, qu'on a clairement identifié un islam-pas-modéré-lègerement-antisémite, donc pourquoi?
Et puis il faut dire que Juju est partisan du "Arcady =MPER" (traduisez "Arcady = Même pas en Rêve").
Je me suis pas critique de cinéma, et comme je le disais plus haut pas une experte du cinéma d'Arcady. Mais contrairement à ce que j'ai pu lire, le film me semble bon, en terme de réalisation.
Les acteurs le sont aussi, et Zabou incarne Ruth Halimi justement.
On n'est pas non plus dans le la "reconstitution" comme j'ai pu le lire quelques part.
Donc, on peut aimer ou pas ce réalisateur, mais ce film a du sens. ll ne tombe pas dans la pathos (craint par beaucoup. Oui j'ai pleuré, mais à quelques moments, et parfois de rage contre les décérébrés qui ont torturé Ilan, et les oeillères de l'équipe chargée de l'enquête).
Arcady a fait ce choix à mon sens très judicieux de rester du côté de la famille.
Les 600 appels reçus en 24 jours faisant écho au calvaire d'Ilan.
Alors, Juju, pour te répondre, je te dirai que bien que l'on sâche que certains se glorifient d'un drame pareil, il ne faut pas ignorer, et cesser d'évoquer le souvenir d'Ilan. Et il en va de même pour de nombreux autres sujets.
Arcardy pour sa défense n'a pas fait le choix de nous refaire un couplet sur l'antisémitisme. Il a choisit l'oeil de la maman d'Ilan, Ruth.
Et, sans doute parce que je suis une mère juive qui se respecte, j'ai pris sa souffrance en pleine face. Mais je suis une soeur aussi, et une cousine, une amie, donc c'est toute la souffrance de ses proches que j'ai vue.
Enfin, pour revenir à la polémique "Caron" qui malheureusement accompagne la sortie du film, j'aurais quelques mots.
Monsieur Caron, où en sont les vente de votre dernier livre, "Incorrect"?
Parce que j'ose espérer que vous n'êtes pas assez idiot pour supposer que les "précieux chiffres" que vous pensez détenir que les exactions supposées commises par l'armée Israélienne sont la cause de l'apparition d'un mérah, ou par extension, d'un fofana (oui j'oublie volontairement les majuscules). J'ose espérer que cette polémique n'a pour but que de ramener un peu de lumière que les pages que vous avez noircies, entre deux brushings.
Parce que laisser entendre à Ruth Halimi, et par la même occasion aux proches des victimes de mérah, que si les leurs sont morts, c'est à cause de l'armée Israélienne : c'est ouvrir le cerveau d'esprits déjà faibles.
Ces mêmes esprits qui sont convaincus que les juifs détiennent le monde dans leurs mains crochues. Qui sont convaincus que dieudonné est le porte-parole d'un mouvement anti-sysème.
Ce même système dirigé en secret par les juifs, donc un mouvement anti-juif (enfin anti-sionniste, restons politiquement correct).
Principe de la transitivité, en math, que "l'homme de lettre" que vous "pensez" être semble ignorer.
Visiblement votre esprit est aussi faible que celui des "jeunes de banlieues" dont nous parlent vos copains journalistes.
C'est drôle, moi aussi je suis une "ancienne jeune de banlieue".
Mais comme je suis juive, je contrôle le monde. Dans votre logique.
Constatant la faiblesse de votre "esprit" je vous serai très reconnaissante de ne plus polluer mon service public.
Après tout, je paie.
Et vous savez bien que les juifs et l'argent...
Mais pour ne pas terminer sur votre insignifiante personne, je dirai cela.
Monsieur Arcady, j'aimerais ne pas avoir à vous remercier pour ce film. Mais j'y suis obligée.
Je vais être obligée également de remercier Emilie Frèche qui par sa plume nous avait déjà fait connaître les confidences de Ruth.
Et enfin Ruth, je ne sais quoi vous dire, comment finir.
Je vous disais en préambule que j'aurais aimé ne jamais avoir entendu parlé de vous, que votre famille n'ait jamais connu ce drame, qu'Ilan ne soit jamais sorti ce vendredi soir.
Mais, je n'ai pas ce pouvoir. Juste celui de vous souhaiter de tout mon coeur que le votre guérisse auprès des vivants et qu'il s'emplisse de joies avec les futurs générations...
Car "chez nous", c'est la vie avant tout.
Je vous embrasse.
Vassilia
Votre lettre est bouleversante. Je ne suis pas juive, mais mère et cette tragédie me blesse donc personnellement. Et comment peut-on avoir de la haine pour une communauté si bien intégrée, qui ne provoque aucun désordre et au contraire nous apporte tout son courage et toute sa créativité ? Quel fanatisme moyen-âgeux peut bien pousser ces esprits faibles à s'attaquer sauvagement à ceux qui ne partagent pas leur religion (voire simplement leur sexe ou leur coutumes) ? Il n'y a pas de réponse : rien au monde ne peut justifier une telle douleur, une telle abomination. Je vous embrasse, fraternellement.
RépondreSupprimerChère Mlle Vassilia,
RépondreSupprimerPartageant le même prénom que le sus-nommé, je me sens en droit de répondre à sa place.
Je ne pense en aucun cas qu'il faille spécifiquement taire un drame comme celui-ci, et Mr Arcady a évidemment le droit de réaliser un film sur ce sujet.
En revanche, dans le cadre d'une fiction relatant une histoire vraie (exercice périlleux lorsqu'on touche à une tragédie, de plus très récente), il ne me semble pas délirant de ne pas être très intéressé par ce film, les moindres détails - encore une fois sordides - ayant été plus que rabâchés, en continu, durant des semaines, par toutes les sources d'informations possibles.
Par ailleurs, le fait que ce soit Mr Arcady qui ait choisi de l'écrire et de le réaliser, ne fait que conforter mon peu d'enclin à immobiliser 1h50 de mon temps pour aller vérifier si finalement, ce dernier est capable de pondre un film regardable : contrairement à vous, j'ai eu l'honneur de visualiser plusieurs de ses films, et si j'en garde quelques séquelles ("arrête tes salamalecs Bettoun" et autre rêves inavouables avec Sophie Marceau pas très habillée), j'ai depuis longtemps fait une croix sur l'espoir d'apprécier un jour une de ses oeuvres.
C'est très bien (et pas très étonnant) qu'Alexandre Arcady s'attaque à la transposition de ce fait divers au cinéma : il a choisi depuis longtemps, tant mieux pour lui, de développer des thèmes principalement "communautaires" (autour de son judaïsme, l'Algérie etc.) à travers lesquels il exprime sa sensibilité artistique, et parfois dans le but de faire passer des messages. Je ne lui reconnais cependant pas un grand talent, et cette affaire de goûts très personnels n'a rien à voir avec la nature de ses choix thématiques.
Dans l'attente de vous lire.
Julien
Post-scriptum :
RépondreSupprimerCaron est un insupportable abruti (toujours cette histoire de dé-goûts personnels).
Il appartient à la pire espèce de sots : ceux qui pensent avoir raison, et qui souvent, pour une raison qui m'échappe, ont la fâcheuse manie de ressentir le besoin de devoir convaincre leur entourage de leur omniscience.
Je les appelle les "cons qui t'apprennent".
Mais répondre à Caron sur un commentaire spontanément censuré par la chaîne (et oui, il ne faut pas désespérer du service public), c'est simplement se mettre à son niveau.
Arcady a délibérément choisi de révéler le commentaire navrant (ou n'importe quel adjectif de ton choix) de ce crétin. Je comprends tout à fait qu'il ait été choqué, et à juste titre. Cependant, en décidant de circonvenir secondairement à la censure de France 2 pour finalement diffuser ce propos, il torpille dans le même temps l'objectif louable de ce choix éditorial, et rallume le feu des traditionnelles joutes virtuelles, entre complot juif mondial et victimisation plus ou moins hystérique à la sauce parano.
Caron est un con (et même dangereux, là dessus je te rejoins).
Mais je ne trouve pas Arcady très futé.
L'aventure continue...